L'autre jour, nous discutions, ma collègue et moi, de ce fait divers autrichien: ce père qui a séquestré sa fille pendant 19 ans, l'a violée et lui a fait sept enfants. Nous étions profondément choquées par les faits. C'est alors que revient cette fameuse phrase: "Ce qu'il faut pour ces gens-là, c'est la peine de mort. Ou alors une peine incompressible, et qu'ils souffrent, autant qu'ils ont fait souffrir." Ma collègue n'est pas la seule à tenir ce genre de propos. J'ai souvent entendu ce raisonnement. A propos de Marc Dutroux, à propos de Michel Fourniret, ... Globalement à propos de ceux qui s'en prennent à des enfants et les détruisent.
En général, j'interviens dans le débat pour affirmer que je m'oppose à la peine de mort et à tout acte de barbarie qui finalement nous abaisserait au même niveau que ceux que nous prétendons condamner. Et je reçois à chaque fois la même réponse: "C'est parce que tu ne connais pas cette situation. Si cela t'était arrivé, à toi, tu verrais les choses autrement."
Pourtant c'est précisément à moi que cela est arrivé: oui, j'ai été violée dans mon enfance, et oui, lorsque j'ai été enceinte suite à ces viols, mon agresseur a tué dans mon ventre mon enfant, parce qu'il était la preuve de sa culpabilité. Et je suis sincèrement convaincue que c'est parce que cela m'est arrivé que j'ai pu me permettre d'avoir un autre discours et une autre réflexion sur ce sujet. Mais comment expliquer cela à ceux qui croient le contraire, justement parce que cela ne leur est pas arrivé?
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