Le suivi social des anciennes victimes d'inceste

La première fois que j'ai demandé à être suivie par une assistante sociale, je devais avoir 27 ans. J'avais obtenu un rendez-vous avec une travailleuse d'un centre de santé mentale implanté dans un quartier plutôt défavorisé. Elle m'a écoutée gentiment expliquer en quoi j'avais besoin de son aide, puis m'a sorti bravement la liste de quelques écoles donnant des cours de langues, se demandant visiblement pourquoi je ne faisais pas ces démarches moi-même.

Il semblait aller de soi qu'étant universitaire, je devais être capable de remplir par moi-même documents et formulaires, de rechercher les renseignements dont j'avais besoin et de me débrouiller face aux arcanes de l'administration. Au deuxième rendez-vous, je me sentais terriblement mal à l'aise, avec le sentiment d'occuper une place qui aurait dû revenir à quelqu'un d'autre, quelqu'un de réellement nécessiteux. Au troisième rendez-vous, je me sentais à ce point malvenue que j'ai décidé de laisser tomber.

Pourtant, dix ans plus tard, je bénéficie, dans le cadre d'un service de santé mentale, d'un suivi social qui répond vraiment à mes besoins. Dans ce suivi, je peux discuter et mettre en place les démarches concrètes pour éviter de replonger dans le marasme et la dépression.  Je peux aussi discuter très ouvertement des implications de mon passé de maltraitance dans mes démarches administratives et dans ma vie actuelle. La psychothérapie ne permet pas de s'impliquer de cette façon dans les démarches concrètes et quotidiennes de la personne. Seul le suivi social permet de répondre à ce type de besoins.

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Psys et maltraitance: méthodes et écoles

Première séance chez un nouveau psy. Il m'interroge longuement sur mes parents: non pas sur ma relation avec eux mais sur leur passé, leurs relations avec leurs propres parents, leur vie, leurs difficultés personnelles,... Ca prend toute la place. Je répond avec complaisance mais en me sentant de plus en plus un personnage secondaire de ma propre thérapie. Le comble est atteint lorsqu'il sort un dossier datant de mon enfance où mes parents expriment leur avis sur l'enfant que j'avais été. Je me rends alors compte qu'il accorde plus de crédit à ce vieil avis de ceux qui m'ont maltraitée qu'à ma présence en face de lui.


L'entretien se conclut: "Vous voyez un peu comment je travaille et l'importante que j'accorde à l'intergénérationnel. Si ma méthode vous convient, nous pouvons commencer une thérapie ensemble."
Je conclus à mon tour: "Si vous souhaitez faire la thérapie de mes parents, je peux éventuellement vous donner leur numéro de téléphone mais je doute qu'ils souhaitent se soigner. En ce qui concerne ma thérapie, je préfère la faire avec quelqu'un qui me prendra en compte, moi."

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Psys et maltraitance: leur fragilité avant la nôtre!

J'avais 16 ans. C'était la première fois que je mettais les pieds dans le cabinet d'un psy. On en était au tout début. J'essayais de lui expliquer avec beaucoup de douceur et de pudeur que, selon moi, mes parents ne m'aimaient pas. Un dialogue de sourd s'engage qui dure environ 6 mois, au cours desquels elle me soutient mordicus que mes parents, à leur manière et selon leurs critères, m'aimaient.

J'avais beau n'avoir que 16 ans et être confrontée pour la première fois à la psychologie, l'enjeu était d'importance pour moi et j'étais décidée à ne pas lâcher le morceau. Lors d'une séance, un peu à cours d'arguments, je lui demande "La sous-alimentation systématique, vous trouvez que c'est une méthode éducative pleine d'amour et vous êtes prête à la pratiquer à l'égard de vos propres enfants?"

Elle se tait, un peu interloquée. Je poursuis: "Les tabassages à coups de bâtons, vous trouvez aussi que c'est une démonstration flagrante d'amour parental, et d'ailleurs, vous la pratiquez quotidiennement chez vous?" Elle fini par me répondre que non. Alors j'assène: "Quels que soient les sentiments intérieurs de personnes qui ont ce genre de pratiques à l'égard de leurs enfants (c'était le cas de mes parents), vous reconnaîtrez quand même que leur comportement concret n'est pas à proprement parler empreint d'amour profond et de bienveillance pour leur progéniture?" Elle reconnaît.

J'avais gagné la partie. Soucieuse de comprendre pourquoi elle éprouvait le besoin depuis 6 mois de me raconter le contraire, je le lui demande. Et j'ai devant moi une professionnelle déconfite, qui avec une voix de toute petite fille m'avoue: "Parce que c'est tellement affreux de penser que certains enfants puissent ne pas être aimés par leurs propres parents!".
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