Vidéo

Voici une vidéo que je trouve intéressante car elle explique simplement ce qu'est l'inceste et elle donne la parole à d'anciennes victimes d'une façon constructive et posée.

C'est une vidéo qui met bien en évidence combien il est difficile pour les victimes d'en parler et combien dans notre société, aujourd'hui encore, le déni et l'absence de soutien de l'entourage sont un poids énorme dans le devenir des victimes. 

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Comme les autres...

Ce dimanche, je me décide à faire le plein de fleurs et plantes pour embellir ma terrasse. Je me rends pour cela à l'autre bout de la ville dans une jardinerie qui a la particularité d'être une entreprise de travail adapté, proposant des emplois à des travailleurs porteurs d'un handicap.

Une fois sur place, je me rends compte que le lieu n'est pas seulement une jardinerie mais propose aussi une ferme et un espace animations pour les visiteurs. Je passe l'après-midi sur place tant le lieu est convivial et chaleureux. Ce qui est particulièrement agréable, c'est que dans cet endroit, des personnes handicapées ou non se cotoient et chacun semble pouvoir avoir sa place, sans aucun jugement de valeur.

L'ambiance est tolérante et bon enfant à la fois. La question de la normalité, qui nous est si cruellement et si souvent rappelée dans la vie courante, semble n'avoir pas droit de cité ici. Chacun, qui qu'il soit, est bienvenu tel qu'il est. On se sent bien. On a envie de rester.

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La peine de mort aux violeurs et aux assassins d'enfants!

L'autre jour, nous discutions, ma collègue et moi,  de  ce fait divers autrichien: ce père qui a séquestré sa fille pendant 19 ans, l'a violée et lui a fait sept enfants.  Nous étions profondément choquées par les faits. C'est alors que revient cette fameuse phrase: "Ce qu'il faut pour ces gens-là, c'est la peine de mort. Ou alors une peine incompressible, et qu'ils souffrent, autant qu'ils ont fait souffrir." Ma collègue n'est pas la seule à tenir ce genre de propos. J'ai souvent entendu ce raisonnement. A propos de Marc Dutroux, à propos de Michel Fourniret, ... Globalement à propos de ceux qui s'en prennent à des enfants et les détruisent. 

En général, j'interviens dans le débat pour affirmer que je m'oppose à la peine de mort et à tout acte de barbarie qui finalement nous abaisserait au même niveau que ceux que nous prétendons condamner. Et je reçois à chaque fois la même réponse: "C'est parce que tu ne connais pas cette situation. Si cela t'était arrivé, à toi, tu verrais les choses autrement."

Pourtant c'est précisément à moi que cela est arrivé: oui, j'ai été violée dans mon enfance, et oui, lorsque j'ai été enceinte suite à ces viols, mon agresseur a tué dans mon ventre mon enfant, parce qu'il était la preuve de sa culpabilité. Et je suis sincèrement convaincue que c'est parce que cela m'est arrivé que j'ai pu me permettre d'avoir un autre discours et une autre réflexion sur ce sujet. Mais comment expliquer cela à ceux qui croient le contraire, justement parce que cela ne leur est pas arrivé?

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Le suivi social des anciennes victimes d'inceste

La première fois que j'ai demandé à être suivie par une assistante sociale, je devais avoir 27 ans. J'avais obtenu un rendez-vous avec une travailleuse d'un centre de santé mentale implanté dans un quartier plutôt défavorisé. Elle m'a écoutée gentiment expliquer en quoi j'avais besoin de son aide, puis m'a sorti bravement la liste de quelques écoles donnant des cours de langues, se demandant visiblement pourquoi je ne faisais pas ces démarches moi-même.

Il semblait aller de soi qu'étant universitaire, je devais être capable de remplir par moi-même documents et formulaires, de rechercher les renseignements dont j'avais besoin et de me débrouiller face aux arcanes de l'administration. Au deuxième rendez-vous, je me sentais terriblement mal à l'aise, avec le sentiment d'occuper une place qui aurait dû revenir à quelqu'un d'autre, quelqu'un de réellement nécessiteux. Au troisième rendez-vous, je me sentais à ce point malvenue que j'ai décidé de laisser tomber.

Pourtant, dix ans plus tard, je bénéficie, dans le cadre d'un service de santé mentale, d'un suivi social qui répond vraiment à mes besoins. Dans ce suivi, je peux discuter et mettre en place les démarches concrètes pour éviter de replonger dans le marasme et la dépression.  Je peux aussi discuter très ouvertement des implications de mon passé de maltraitance dans mes démarches administratives et dans ma vie actuelle. La psychothérapie ne permet pas de s'impliquer de cette façon dans les démarches concrètes et quotidiennes de la personne. Seul le suivi social permet de répondre à ce type de besoins.

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Ognuno lo sa, nessuno lo dice...

 (Chacun le sait, personne ne le dit)

 

Lisa avait 56 ans quand moi j'en avais 24. Nous nous sommes rencontrées à cette époque, à peu près. Elle était pour moi plus qu'une amie. A son mari, à ses fils, à ses amis, elle disait que j'étais "sa fille adoptive". Je passais chez elle les fêtes, une partie des vacances et les longs weekends où on fait le pont. Elle et sa famille ont aussi côtoyé mon compagnon. Dans le fin fond de ma tête, je me disais que le jour où j'aurais des enfants, elle serait une sympathique "grand-mère adoptive".

Les années ont passé. J'ai cessé de travailler dans le secteur bancaire, qui ne me convenait pas, pour m'orienter vers "le social", qui effrayait un peu Lisa et son mari. J'ai eu ma première fille d'accueil (une fille d'accueil, pas "une vraie fille à soi"). Je me suis séparée. Je ne me sentais plus très bien dans la peau de la "fille adoptive/fille idéale" de Lisa. Ma présence dans sa famille lors des fêtes semblait une intrusion. Que faisait-là cette étrangère? Si c'était nécessaire, on me présentait: "Une amie de Lisa". La chute a été rude.

A présent, Lisa a changé de ville et de pays. Nous nous voyons très peu. Nous sommes restés amies et confidentes. Elle compte encore beaucoup pour moi. Mais j'ai enterré loin, très loin au fond des déceptions amères l'idée qu'on pouvait trouver dans l'amitié une famille de coeur aussi solide que celle qui nous avait manqué. 

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Et sans dire un seul mot se mettre à rebâtir...

Lorsque tout me fatigue et que je perds patience, lorsque je désespère d'être capable de vivre plus longtemps sur la crête de mes vieux traumatismes, je réécoute ce texte de Kipling et d'un coup tout s'apaise. Je sais que j'ai en moi, et avec certitude que je vais la trouver, la force de tout surmonter, d'aller juste un cran au delà du désespoir, de respirer, d'avancer, de nouer mon baluchon de détresse pour demain, me remettre debout.

La littérature, n'est-ce pas cela: cette main qui se tend pour nous aider à vivre, pour nous donner les clés qui mènent à demain?

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Sans commentaires

Lorsque j'ai commencé à tenir ce blog, j'ai assorti la possibilité pour les lecteurs de commenter les articles de toute une tartine de recommandations qui, à l'époque, me semblaient essentielles.

 Pour tout dire et vu le sujet principal de ce blog, je ne me sens pas à la hauteur de gérer les commentaires. Je crains d'une part de recevoir des commentaires inappropriés et blessants, et d'autre part de ne pas avoir la compétence pour répondre adéquatement aux commentaires d'anciennes victimes qui voudraient proposer leur témoignage.

Par conséquent et pour ne pas me freiner dans l'écriture, j'ai pris sur moi de supprimer purement et simplement la possibilité de laisser des commentaires. J'espère qu'un jour, je pourrai vous proposer une solution moins radicale mais... laissez-moi le temps de trouver ce qui pourrait me convenir.

Merci de votre compréhension. 

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Liens

Voici ma page de liens. J'espère la compléter au fur et à mesure mais j'essaie aussi qu'elle soit sélective et reflète certains choix qualitatifs.

 

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Vivre sans eux (2)

Novembre approche. Les jours raccourcissent et le temps se refroidit. Avec le changement d'heure, souffle un vent de déprime : ça y est, c'est l'hiver. Et c'est parti pour durer. Heureusement, pour me remonter le moral, il y a les fêtes. En ville, j'adore les paillettes et les dorures des décorations de Noël, les illuminations dans les rues et les sapins de Noël devant la porte de chaque magasin.  Je passe un temps infini dans les boutiques, à scruter le moindre objet, à craquer pour des babioles, à empaqueter des choses à offrir.

Sauf que moi, à Noël, je n'ai pas grand chose à fêter. Ça fait plus de dix ans que je ne vois plus ma famille. Je rassemble des cadeaux pour des amis qui, eux, passent Noël dans leur famille à eux. Cadeaux que je distribuerai à la sauvette, entre deux portes, à des gens qui vont fêter ailleurs, et qui me diront, sur le ton des confidences: "Tu sais, la famille, il n'y a rien de plus chiant... je préfèrerais mille fois fêter Noël entre amis, avec toi."

Moi, je préférerais mille fois avoir une famille, une vraie, une qui ne m'aurait pas maltraitée, violée, puis larguée seule face à la vie. Je préférerais avoir une famille, même chiante, même connasse, même rabacheuse et pleine de conflits, plutôt que cette "association de malfaiteurs" qui m'a détruite et que j'ai dû fuir. Et je préférerais que Noël soit une fête ou au moins un semblant de fête, plutôt que le rappel, chaque année du mal qu'on m'a fait.

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Vivre sans eux (1)

J'avais 26 ans quand la décision a été prise. Je n'en pouvais plus de mentir, de faire semblant aux yeux de tous que tout allait bien et que j'avais une famille "normale".

 Je suis partie pour refaire ma vie ailleurs. Après la maltraitance, je voulais en finir avec le chantage et les menaces: puisque là-bas on m'obligeait à faire croire que j'avais eu une enfance heureuse sous peine de vivre sans famille, j'allais vivre sans famille pour ne plus avoir à faire croire que rien ne s'était passé.

 Je me rappelle très clairement du jour de notre départ. On avait entassé tout ce qu'on avait pu dans cette petite camionnette rouge. Et tout ce qu'on avait pu, ça n'était pas grand chose. Le reste, on l'a laissé là, sur place, et je n'en ai plus jamais rien revu. Mon compagnon a fait le trajet dans la camionnette et moi j'ai pris le train. Le soir, je suis arrivée dans cette ville inconnue, dans ce grand appartement vide que nos quelques caisses ne parviendraient évidemment pas à remplir. 

Je me suis endormie seule et j'ai senti le grand froid de cette vie devant moi, que plus rien ne reliait aux attaches du passé. 

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Psys et maltraitance: méthodes et écoles

Première séance chez un nouveau psy. Il m'interroge longuement sur mes parents: non pas sur ma relation avec eux mais sur leur passé, leurs relations avec leurs propres parents, leur vie, leurs difficultés personnelles,... Ca prend toute la place. Je répond avec complaisance mais en me sentant de plus en plus un personnage secondaire de ma propre thérapie. Le comble est atteint lorsqu'il sort un dossier datant de mon enfance où mes parents expriment leur avis sur l'enfant que j'avais été. Je me rends alors compte qu'il accorde plus de crédit à ce vieil avis de ceux qui m'ont maltraitée qu'à ma présence en face de lui.


L'entretien se conclut: "Vous voyez un peu comment je travaille et l'importante que j'accorde à l'intergénérationnel. Si ma méthode vous convient, nous pouvons commencer une thérapie ensemble."
Je conclus à mon tour: "Si vous souhaitez faire la thérapie de mes parents, je peux éventuellement vous donner leur numéro de téléphone mais je doute qu'ils souhaitent se soigner. En ce qui concerne ma thérapie, je préfère la faire avec quelqu'un qui me prendra en compte, moi."

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Les petits fantômes du quotidien

Nous sortons du cinéma. On est en plein mois d'avril et le temps est magnifique. Au détour de la rue, sur le coin de la place, se trouve le meilleur glacier du centre ville. Je le dévore déjà des yeux avec un regard d'envie qui n'échappe pas à mon compagnon.

Je finis par dire, me dandinant dans mon malaise : "On n'a pas le droit à une glace alors qu'on sort déjà du cinéma. On va dépenser beaucoup trop d'argent, non?" Mon compagnon, qui a souvent des réponses judicieuses à ce genre d'arguments, me demande: "C'est qui le "ON" qui pense toutes ces choses?" A quoi je finis par avouer, dans un murmure: "Ils vont me battre si je dépense autant d'argent pour des bêtises... J'ai peur de me faire battre."Alors mon amoureux, les yeux pleins de malice, plaisante: "Tu la veux à quoi, ta glace? On va jouer un bon tour à ton passé, toi et moi!"

Quelques minutes plus tard, il revient avec à la main ce fameux cornet noisette-pistache, mon préféré. Et je le savoure jusqu'à la dernière goutte, sans que personne ne vienne me retirer ce plaisir par des cris, des baffes ou des reproches... C'en est fini de la maltraitance, sous le soleil d'avril Plume déguste sa glace, à l'abri.
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Psys et maltraitance: leur fragilité avant la nôtre!

J'avais 16 ans. C'était la première fois que je mettais les pieds dans le cabinet d'un psy. On en était au tout début. J'essayais de lui expliquer avec beaucoup de douceur et de pudeur que, selon moi, mes parents ne m'aimaient pas. Un dialogue de sourd s'engage qui dure environ 6 mois, au cours desquels elle me soutient mordicus que mes parents, à leur manière et selon leurs critères, m'aimaient.

J'avais beau n'avoir que 16 ans et être confrontée pour la première fois à la psychologie, l'enjeu était d'importance pour moi et j'étais décidée à ne pas lâcher le morceau. Lors d'une séance, un peu à cours d'arguments, je lui demande "La sous-alimentation systématique, vous trouvez que c'est une méthode éducative pleine d'amour et vous êtes prête à la pratiquer à l'égard de vos propres enfants?"

Elle se tait, un peu interloquée. Je poursuis: "Les tabassages à coups de bâtons, vous trouvez aussi que c'est une démonstration flagrante d'amour parental, et d'ailleurs, vous la pratiquez quotidiennement chez vous?" Elle fini par me répondre que non. Alors j'assène: "Quels que soient les sentiments intérieurs de personnes qui ont ce genre de pratiques à l'égard de leurs enfants (c'était le cas de mes parents), vous reconnaîtrez quand même que leur comportement concret n'est pas à proprement parler empreint d'amour profond et de bienveillance pour leur progéniture?" Elle reconnaît.

J'avais gagné la partie. Soucieuse de comprendre pourquoi elle éprouvait le besoin depuis 6 mois de me raconter le contraire, je le lui demande. Et j'ai devant moi une professionnelle déconfite, qui avec une voix de toute petite fille m'avoue: "Parce que c'est tellement affreux de penser que certains enfants puissent ne pas être aimés par leurs propres parents!".
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Le bord du gouffre

J'avais 25 ans. Ce jour-là, j'étais épuisée d'angoisse et d'incompréhension. Mon passé si lourd laissait encore sa trace dans mon présent et je ne savais plus si l'homme que j'aimais et qui vivait à mes côtés était un être bienveillant et en qui je pouvais avoir confiance, ou un nouvel exemple de la malveillance que j'avais rencontrée dans mon entourage jusque-là. Le visage tourné vers le mur, je pleurais à gros hoquets.

Dans mon dos, j'entends la voix de mon compagnon qui murmure: "Plume, j'ai l'impression que tu marches sur le bord d'un gouffre et que tu ne le vois même pas". Je me tais. Je respire doucement entre mes larmes. Je suis étonnée, cette fois-là comme tant d'autres, de la façon dont il comprend exactement le trouble qui m'anime et dont il trouve les mots les plus justes pour en parler. Il ajoute: "Et tu ne vois même pas les mains qui se tendent pour t'aider". J'ouvre les yeux et, au travers de mes larmes, je vois sa main tendue vers moi. A l'instant, je m'accroche à cette main à laquelle je vais arrimer ma vie pour les longues années qui vont suivre.
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Pourquoi ce blog

De quoi je parle, exactement?

Vivre après l'inceste et la maltraitance. C'est le lot d'un certain nombre de gens, dont moi.

Je n'ai pas envie d'en parler de façon larmoyante et éplorée. Je n'ai pas envie de donner dans le mélo baveux que je retrouve souvent sur les sites et auprès des personnes abonnées à ces questions. L'inceste est un drame, la maltraitance en est un également et, voulant conscientiser à tour de bras tous ceux qui ne "savent pas", on en vient à nier une chose qui à moi me paraît évidente: on vit, après un drame, on vit vraiment.

Je veux dire on a un métier, des collègues, des amis, des proches, certains ont même une famille et des enfants... une vie qui ressemble en tous points à celle de tout le monde, sauf qu'il y a ça: ce passé-là, ce poids derrière, si léger et si lourd, avec lequel il faut faire. Chaque jour.

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